Friday, November 16, 2012

Ni ordre ni beauté



Héraclite dit donc que le plus bel ordre (au sens de la disposition des choses dans un ensemble où chaque chose a sa place attribuée en fonction d’une certaine logique) est fait de choses « versées », voire déversées au hasard, n’importe comment. Ce qui veut dire ?
1.      que l’ordre n’importe pas ;
2.      que la beauté se passe d’ordre ;
3.      que l’ordre n’a pas besoin d’être beau ;
4.      que la beauté n’importe pas non plus ?
Ni ordre ni beauté, ce serait cela, le cosmos ? La plus belle cosmétique, le plus bel arrangement, la plus belle parure, décoration : on verse des paillettes, répand des fards, maquille – alors qu’il faut juste laisser tout tel. C’est encore comme ça que c’est le plus beau : vrai. Ne rien arranger, jamais.  Pas d’arrangements, pas de compromis, parce que rien ne s’arrange jamais, « avec » l’existence ; tout arrangement produit des dérangements qui le mettent vite en déroute. Les deux dangers qui menacent le monde selon Valéry – ordre & désordre – ne sont en réalité pas deux (l’ensemble ne fait jamais qu’un) et ne sont donc pas des dangers « réels » (comme s’il pouvait y avoir un monde en ordre et un autre en désordre, comme si ce n’était pas toujours le même monde, en ordre comme en désordre). La disposition est toujours aléatoire ou précaire, tout le temps qu’elle tient ; c’est donc sa durée seule qui fait sa force. Or les structures les plus durables sont immatérielles. Seulement, ce langage des structures n’est valable que pour les institutions, jamais pour l’existant qui n’est donc pas « structuré ». C’est ce qui condamne à l’avance son analytique à n’être qu’une destruction préalable de toutes les structures mises en place par l’ontologie de la substance (dérivée indument d’Aristote qui avait en vue plutôt une éthique existentiale).

Monday, November 12, 2012

votre Dasein doit rester hors-service



Heidegger écrit en langage clair ; on ne peut pas confondre son Dasein avec un chien ou un outil ou même un Dieu. Le Dasein in situ unique en son genre consiste à dépasser tout genre et ainsi ne peut pas davantage se réduire au genre humain du fait aussi que Dasein évite aussi toute généralité et génération, ce qui explique qu’il ne puisse donc pas plus dégénérer que se régénérer. Pourquoi, feint alors de s’étonner Heidegger, au paragraphe 82 avec la note sur l'éternité qui obligerait à penser une temporalité originaire et infinie, pourquoi dit-on le temps passe et non pas le temps naît, sinon qu'on suit le sens du temps de passage orienté depuis l'avenir vers le passé ? Ne serait-il pas possible de lire le "sens" du temps à l'envers ? Réponse de Heidegger : l'avenir, c'est la fin, c'est la mort. Le Dasein est orienté vers l'avenir en ce sens qu'il le projette comme l'horizon déterminant ce qu'il faut et ce qu'il reste à faire & parfaire. Du coup si par hasard tous les buts venaient à être réalisés de sorte qu'il ne reste plus aucun programme à exécuter ? La perfection (du nihilisme-technique) s'abolit elle-même dans sa béatitude éternelle ; à témoigner (déposer) de l'impossibilité de transformer le Dasein en une occupation, une activité ou un commerce. Même s'il n'y a personne d’humain ou de divin, Dasein reste là à veiller. Complètement inutile et à jamais hors-service.

Sunday, November 11, 2012

exister sans objet



Exister est sans objet ? Tant mieux : même s’il y en avait eu un, il n’aurait pas fait long feu. Pas davantage n’y a-t-il de nouveau « sujet » (l’homme « régénéré » ou « libéré » ou « responsable »); exister ne se produit pas, ni en série ni en masse ; « deviens celui-là, que tu es ! » signifie que l’être ne suffit pas, il faut encore le devenir ; devenir l’être car seul l’être peut devenir. Suis-je en train de remplir « mon » temps ? Mais si je n’écrivais rien, il ne serait ni plus ni moins rempli. Il n’y a aucune vertu à l’écriture. Derrida nous a bernés. Sa différance avec un a est une abstraction qui n’ajoute rien que la confusion à la notion de « différence » : si simple soit-elle, elle est toujours, en tant que différence, difficile à penser comme telle. Je soupçonne Derrida d’avoir voulu surclasser Heidegger et sa différence ontologique. L’emploi du verbe « différer » au sens d’ajourner n’existe qu’en français, alors que la différance se veut une structure d’archi-généralité puisqu’elle commande jusqu’à l’être et le temps ! Enfin, c’est l’excuse idéale pour ne rien faire. De fait, y a-t-il eu jamais qui que ce soit à qui la différance ait jamais rien fait ? Qui ait eu sa façon de penser (et donc son existence) transformée (rendue différente) par une graphie même non orthodoxe et « inventive » ?
Livre de bouillon, § 44.

Il n'y a d'avenir que sans





… le Voyou qui s’est introduit entre « nous ». Dans tout cela, on pourrait facilement m’accuser d’avoir tout mélangé, et surtout pas respecté la sacro-sainte frontière privé/public – qui l’a fixée ? et qui est capable de dire exactement où elle passe, quand Internet pénètre partout ? Quand un « philosophe » fait de ses amours avec une femme « réelle » (mais pas la « sienne » dans la même réalité), avec qui il a même un fils qu’il n’ose même pas reconnaître (de peur de ternir sa belle réputation ? quel philosophe s’en est jamais soucié ?) un livre sérieux de « philosophie » qui va, dit le titre, « de Platon à Freud et au-delà », tout le monde crie au génie ! Moi, j’ai trouvé le livre « à chier », dirait Artaud. Au contraire de son « glas » que je continue de lire à cause de Genet qui fait si bien la paire avec Hegel. Mais la question qui figure sous le titre, « Que restera-t-il du savoir absolu ? » appelle inévitablement cette autre plus critique encore : « Que restera-t-il de la déconstruction ? » La réponse ne peut que sonner brutale : pas même de belles ruines ! Et pour un penseur de la « trace », c’est tout de même un peu vexant. J’aimerais plutôt effacer toutes mes traces, que nul ne s’avise de me suivre : à coup sûr je n’aurai pu le mener qu’à se perdre. Si je ne sais pas moi-même où je me « dirige »… Dans tous les cas, rien ne se transmet du chemin à prendre, le seul qui puisse nous aider, c’est justement celui qui cache son jeu si bien qu’il a en effet l’air d’un « chemin qui ne mène nulle part ».  Autrement dit, celui qui ne se montre pas. Penser, c’est anticiper & même « deviner » ce qui ne se montre pas mais qui, ce faisant, activement donc, montre vers où il faut chercher, c’est-à-dire d’abord d’où il faut se détourner. L’un ne va pas sans l’autre, il n’y a d’avenir que sans. 
Livre de bouillon, § 40, 2011.