Thursday, March 17, 2016

Tout est intime

Tout est intime. Traduction d’un vers du poète qui continue d’être mon guide dans le désert du monde : tout se tient sans s’en tenir à rien. Tu tournes la page et le lendemain vendredi 13 mars c’est un autre son de cloche : citation :

« Quelle folie j'aurais dû, un autre aurait pu m'arrêter, me foutre en prison, au cabanon tout droit et comme je comprends que tous l’aient refusé, ce livre à jeter au feu, séance tenante » et ça se termine éloquemment « et j’ai écrit oui en marge en grosses lettres rouges indélébiles par une question pas rhétorique pour un sou : « peut-on avoir un orgasme de désespoir, de néant absolu ? » Mais je n'en suis qu'à la page deux, qui vous expose la méthode, c’est-à-dire voir ce que le poète dit et non pas dire ce qu’il a vu, parce que justement on est toujours seul à voir ce qu’on voit. Et j’en viens à me demander si ce n’est pas là que passe la ligne de partage séparant les servants de Toth de tous les serviteurs de l’immédiateté la plus plate. Ils ne se rappellent jamais rien, pensant que le passé n’a plus lieu d’être. Quitte à être sans passé, il faut s’abstenir entièrement, continuellement, obstinément, d’écrire quoi que ce soit, même un message « purement » informatif. Alors oui, peut-être éprouvera-t-on la force de cette compulsion comme pratiquement obscène, et alors (peut-être) sera-t-on aussi libre que Socrate de s’adresser au premier venu.

Les images, deux photographies glissées 



Wednesday, December 9, 2015

Il n'y a rien et puis c'est tout.

"Pour te rassurer dès à présent quant au désert (...), apprends, pauvre vieille, qu'il n'y a, dans le désert, ni ophtalmie, ni dysenterie, ni fièvre. Il n'y a rien et puis c'est tout."
Gustave Flaubert à sa mère, Le Caire, 14 décembre 1849.


C'est d'ailleurs faux sur toute la ligne. Il y a quelques semaines, suite à des pluies soudaines causées par El Nino, le désert chilien, le plus sec au monde, s'est couvert de fleurs d'une extravagance, d'une exubérance inouïes. 

Tuesday, November 24, 2015

Heureux qui, comme Ulysse...

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?
Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine :
Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la doulceur angevine.
Joachim du Bellay, Les Regrets, sonnet XXXI, 1558.


Tuesday, October 27, 2015

Desseins étincelants

Du sexe féminin sont sortis les blés,
De la fesse les petits haricots, dit notre mythe,
Des seins sortent les étincelles,
Sans aucune référence.

Un fantôme noir peut être touché et caressé,
Provocateur, c’est bien le corps
Ouvert à l’azur étincelant.



Shuzo Takiguchi, in Derrière le Miroir, Maeght, 1967.

Saturday, October 10, 2015

Ouverture ancienne

Ouverture : L’histoire est caduque.


Elle tombe, elle est de la tombée : du sens, occis : temps d’occident, tant d’accidents. Nous tombons. Tombant, nous — accédons. Accédons par excès : excédés, nous passons au-delà. Nous cédons : la porte cède, elle était vermoulue, le gardien en allé, laissant la maison ouverte à tous les vents. Il y demeure ton courage et ma rage. La foudre aussi tombe. Au milieu des mers mortes, au coin d’obscures rues, partout où la chance tombe. La chance, c’est cette heure de tombée : du jour, qui tombe sous le sens, l’éclairant d’en bas, au-dessous de tout, dessous ou dissous : Toi comme ma seule loi : perce une aurore boréale dans la banquise de l’époque, qui craque et fond : la planète elle aussi en chute libre, les années innées éclatant en fusées, le pouls de la chance à tes veines bleues. Au lieu de sang versé, je rêverai de vers en sang ; et je dirai, pour finir : que la fin soit sans ! Sans fin ou avec comme fin sans.





Histoire d’une erreur : comment la fable du monde devint monde… fable plus énorme encore que celle du « monde vrai ». Le geste de Nietzsche est-il d’abolir la transcendance pour tout verser dans l’éternel cycle du même sans fin, ou bien le surhomme est-il « moins » — plus léger, plus pauvre et dé/nué, — en vertu d’une propension à faire de ce moins que rien un monde ? Tout un monde, c’est-à-dire la différence indécidable entre monde et rien : double visage de Janus, l’un tourné vers l’anéantissement ou la mondialisation, l’autre tourné vers rien — rien de spécial, rien de déterminé, mais uniquement sur ce qui fait qu’un monde fait un monde (fait la différence) ; tourné vers le rien qui serait l’attention au moindre, presque à l’infime, au moins que rien, bref un surhomme minimaliste, attentif à tout mais aussi bien souverainement distrait, loin : l’être des lointains pour qui le proche est ce qu’il y a peut-être encore de plus lointain.

Thursday, October 1, 2015

Le zona de l'intérieur de la tête


Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,

Baudelaire, Adresse "Au Lecteur" des Fleurs du Mal.