Saturday, July 12, 2014
Saturday, April 5, 2014
Misérables riches
Héraclite, Fragments du Même (38). DK B125a, M 106. Tétzès, Commentaire du Plutus, 90a.
μὴ ἐπιλίποι ὑμᾶς πλοῦτος, Ἐφέσιοι, ἳν’
ἐξελέγχοισθε πονηρευόμενοι.
« Que
la richesse ne vienne jamais à vous manquer, Concitoyens, afin que sous soyez
convaincus d’être des misérables. »
Saturday, February 22, 2014
ψ chose physique
Héraclite fragment DK B67a, M115.
« De même que l’araignée se tenant au
milieu de sa toile sent immédiatement qu’une mouche a brisé l’un de ses fils,
et court alors rapidement à cet endroit comme si elle souffrait de la rupture
du fil, de même l’âme de l’homme, lorsqu’une quelconque partie du corps est
blessée, s’y précipite, comme si elle ne pouvait supporter la blessure de ce
corps auquel elle est solidement et harmoniquement liée. »
De la même
manière, Maître Eckart écrira que l’âme est autant dans les pieds qu’à la tête.
Mais le fragment est en latin, et pourrait être un propos de Chrysippe.
Marcovich le rejette catégoriquement, et j’aurais tendance à le suivre s’il
n’était question de lien « harmonique » qui se découvre par la
coupure, la blessure, même.
Thursday, February 6, 2014
Avis à tous les parents
104. DK B20, M99. Clément, Stromates, III, 14, 1.
γενόμενοι ζώειν ἐθέλουσι μόρους τ’ ἒχει
καὶ παῖδας καταλείπουσι μόρους γενέσθαι.
« A peine nés, ils désirent vivre et recevoir
leur lot de mort,
et ils abandonnent leurs propres enfants à leur
lot de mort. »
Thursday, January 9, 2014
Justice sera faite des faussaires et faux-témoins.
Héraclite, fragment 19 (Marcovich)
Δικη καταληψεται
ψευδων τεκτονας και μαρτυρας
"Dikè [que l'on peut et ne peut pas traduire par "Justice"] appréhendera les fabricateurs de faux et les faux-témoins."
Le témoin qui
corrobore des faux est aussi coupable que celui qui les a forgés de toutes
pièces, car le témoignage valide et confirme ces faux en les donnant pour
vrais.
En grec, « pseudos »
se dit de ce qui se donne pour vrai (incontestable, irrécusable) mais ne l’est
en aucun cas ; le mensonge ne consiste jamais à travestir la
vérité, mais à en prendre l’apparence, à avoir le plus possible l’air vrai [1].
C’est en quoi le faussaire et le faux-témoin vont plus loin que le
simple fabulateur ou le témoin qui raconte des salades par ignorance ou en pleine confusion mentale. C’est l’intention d’avoir l’air vrai qui transforme le faux
en une atteinte à la justice. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas de différence
entre vérité et justice; ainsi le témoin doit jurer de dire la vérité, toute la
vérité et rien que la vérité : toute et rien que, voilà la Marque de la
vérité, on ne peut rien lui ajouter ou retrancher, car elle est un tout
indivisible. Dire une partie de la vérité, c’est déjà la fausser, l’aliéner en
son intégrité ou intégralité.
Dikè, (qu'il ne faut pas confondre avec le royaume du droit), c’est cette
instance non-phénoménale qui montre, c’est-à-dire dit ce qui se montre tel qu’il
se montre. Elle montre d’abord les fabricateurs de faux et les faux-témoins
comme tels (où l’on voit qu’il n’est pas possible de séparer le faire et le
dire : le grec δεικνυμι
se traduira par le latin dicere).
Elle les convaincra de fausseté en les exposant aux yeux de tous comme des
faux-monnayeurs. Reste à savoir le sens du futur: avant ou après la mort? Comme
c’est Clément d’Alexandrie qui cite, on lie ce futur au contexte chrétien du Jugement Dernier.
Marcovich prétend que non, ce jugement arrivera du temps du vivant des
faussaires, car sinon il n’y aurait pas de justice sur terre. Or c’est bien à cela qu'on peut discerner la justice, qu'il n'y en a pas actuellement, présentement, ou qu'elle n'est qu'à venir, en mémoire des injustices présentes; ce que dit un autre
fragment : qu’ils (les hommes) ne connaîtraient même pas le nom de
« Dikè » s’il n’y avait constamment des injustices qui se
commettaient. L’injustice blesse, fait
mal ; la justice ne se voit pas plus que la santé, ou elle ne se voit que
dans les torts subis et infligés. En un sens, elle finira bien par rattraper
les injustes, ne serait-ce que le jour où ils seront exposés à la ruine,
inscrite au départ de la condition humaine. C’est justement parce qu’il n’y a
pas d’au-delà où les uns seraient récompensés et les autres punis, ni enfer ni paradis de "récompense", que la
justice finit toujours par prévaloir, dans la mesure même où elle ne finit
jamais, comme le feu "toujours vivant", au contraire des « histoires » humaines.
Dikè n’est pas si
différente du Dieu d’Israël, ce qui ne fait pas de Héraclite un Juif, mais
interdit de le christianiser. Vérité et Justice ne font qu’un, ce qui dénonce
tous les systèmes judiciaires modernes, fussent-ils les plus démocratiques,
comme des faussaires. Réparer le mal commis en commettant un mal égal ou même
supplémentaire (l’internement, la prison, le bagne, etc.) est une idée chrétienne qui
a commis plus de mal que les sept plaies d’Egypte…
[1] Voir Jacques Derrida, Donner le
temps : La Fausse-Monnaie (Paris, 1991) et MFM, « L’air de
rien » (Po&sie, 1998).
Monday, January 6, 2014
Morceau de Musique.
C’était
un morceau de musique, un vrai, avec
des silences, que celui-là avait envoyé à l’époque où il écrivait en colonnes. Ce
n’était pas un morceau instrumental ni même une pièce écrite, car il n’a jamais
su le solfège ni déchiffrer une partition, même rudimentaire. Un sens
inné du moment venu, du temps
accordé — un accord qui résonne en dissonance d'avec tout ensemble, qui traverse tout sans
s'attarder outre mesure car même le soleil ne dépassera pas ses limites. La flamme du feu toujours vivant élève les vivants à leur mortelle
immortalité : Shut your eyes and see,
oui, vois qu'il n'y a rien à voir, mais que c’est cela même, voir : toucher ce Rien-là, de même que tout ce que voit l'oeil éveillé est la mort, θανατος. L'œil qui s'ouvre à travers l'écorce de pierre (image de la prison fausse commune) se transforme en une bouche qui se révulse ; les ψυχαι coassent dans la
coquille vide des oreilles désaffectées ; et, dans la nuit surpeuplée de
sifflements, craquements, hurlements, l’œil s'ouvre toujours plus en matrice
torsadée, vulve vorace, vomissant la bile noire des morts, des momies corsetées dans leurs
bandages d’argent. Il faut donc se laisser emporter, sur cette rivière où l'on n'entrera ni deux ni même une seule fois (une seule supposant toujours son double (n)ombreuse) avec tout le reste qui ne reste pas, dépouille
désarticulée, désossée, invertébrée, par des mains qui seraient aussi des antennes, des pinces, des pensées, à tourner comme figurines de
ballerine dans les boîtes à musique des enfants insomniaques, des idiots invétérés, soufflés comme des bulles de verre au moindre effleurement du λογος resté incompris de tous, s'il a déjà tout compris de son un-différence, et pourtant,
quelqu'un contredirait tout cela, accuserait l'autre de magie, criait en
réalité cet autre qui n'était précisément qu’un tour de plus, en vérité le plus
redoutable, de la part de cette voix, muette et implacable, qui veille au
grain, sans cesse ni casse, résiste envers et contre tout, & se cabre enfin.
Extrait d'Ajournal (2007).
Thursday, November 28, 2013
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