
J’ai mis en gras la phrase que j’avais omise dans une première copie de cet extrait d’une conférence donnée par P. L-L. (pourquoi avons-nous tous les trois des initiales triples ?) en décembre 1997, au Collège. Je ne l’avais ni écouté (étais-je en train de crapahuter dans les montagnes de Pennsylvanie avec ma compagne de Holzweg ?) ni même lu, peut-être parce que je partage en effet le « mépris dans lequel Heidegger tient le théâtre en général » —à l’exception peut-être du théâtre de la cruauté, mais c’est une tout autre affaire que justement du théâtre, même « moderne ».
« Pur passage, disaient les prophètes. » En quelle langue ? En grec ? En hébreu ?
Au lieu de « pur passage », où « pur » est de trop, suggérant une privation là où, du point de vue divin (et il faut bien se mettre à sa place pour pouvoir ne serait-ce qu’en parler, fût-ce en des termes qui rappellent singulièrement la rhétorique de la théologie négative),- c’est de la mort que le « Dieu » (pourquoi lui conserver une majuscule et même lui retirer son article défini ?) est à jamais privé : immortel, soit qui peut mourir aussi peu que l’existence comme « passage », j’avais risqué il y a déjà plus de vingt ans le mot de passance : concept intenable, comme l’est toute pensée issue de la chose même. Il combine le pas et le sens sans déterminer l’ordre de passage ni dans quel sens ça va, donc c’est moins « pur » que libre qu’il faut l’exister, pour suivre son pas, son allure, « le dégagement rêvé » comme dit le Génie d’Arthur. En ce sens, la Tragédie soit, si je traduis de l'archi-grec-teuton, le « jeu » du deuil autour d’un qui n’a jamais existé puisqu’il « est » l’existence (mais alors pourquoi dire encore "il" et pas "elle"?), présente en effet la purification du « pas-de-sens » en quoi Derrida voyait bien la seule signature du sacré. Ni présence ni absence, sens>sans passant dans ce qui se passe. Et que se passe-t-il alors ? Le « dieu », présent en tant que « sans », passe dans le temps, dans le "il se passe" (sans qu'il se passe quelque chose), dans un détournement « catégorique » où c’est désormais l’existence elle-même comme èthos qui devient divine, ce qu’Héraclite disait déjà mais d’un autre mot que ce sacré nom de théos, "dieu" : daimôn, le démon, comme on parle du démon du jeu — donc rien à voir avec le diable qui n’est qu’une plaisanterie douteuse inventée par les théologiens pour faire peur aux foules.
Mais alors il n’y a plus place pour aucune tragédie. L'existence suffit à prendre toute la place. Dieu = Dasein. Héraclite a transporté la « scène » là où il fallait : ici même sont les dieux.
Mais alors il n’y a plus place pour aucune tragédie. L'existence suffit à prendre toute la place. Dieu = Dasein. Héraclite a transporté la « scène » là où il fallait : ici même sont les dieux.