En arrivant sur la plage (à
l'instant, dans un éclair aussi aveuglant que le ciel qui noircissait), j'ai
été agressé par l'absence du bunker, celui-là même qui figure dans Demeure,
apparemment volatilisé et remplacé par une jetée "propre" (la dune de
sable a elle aussi disparu). Je parle d'agression à bon escient. C'est comme si l'on nous avait retiré
notre mémoire: la guerre, c'est sale et ça dérange commerçants et touristes. Peut-être les
Allemands, fort nombreux en ce lieu (Sables d'Or-les-Pins), ont-ils exigé qu'on
efface ainsi ce témoignage irrécusable de leur honteuse occupation afin qu'on
les laisse occuper plus euroïquement les lieux? Du coup, je me suis senti le
dernier témoin, alors même que je n'étais pas né quand cet ouvrage d'art a été
érigé. Par moments je me dis que nous sommes cette génération d'après-guerre
qui vit la guerre au futur alors que les plus vieux tâchent d'oublier, et que
les jeunes n'en ont cure: comme une blessure après-coup, pas utopique car les lieux nous parlent justement au moment et au lieu où
ils s'effacent, partent en fumée ou en l'air ou dans la mer.
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